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Foyers mixtes explosifs

Le pére Daniel Olivier, professeur à la Faculté Théologique Catholique de Paris, a participé notamment à la rédaction de la présentation du "Magnificat" de Martin Luther dans sa fameuse traduction française d'Albert Greiner.

Le père Daniel Olivier a ému et enthousiasmé les participants dans son intervention de clôture:

Il reste à savoir si je vais être la cerise sur le gâteau ou le cheveu sur la soupe !

Nous nous trouvons devant un très beau chantier devant lequel j'ai eu parfois l'impression - que tout le monde veuille bien m'excuser - des ossements desséchés d'Ézéchiel, c'est-à-dire des choses qui potentiellement sont tout et qui attendent le souffle de la vie. Il faudrait essayer de donner un peu de souffle avant de partir et, bien sûr, ce souffle qui anime tout ce qui vient d'être dit, c'est le discours Jésus-Christ. Il me semble que si le Christ était à cette table en ce moment, il nous parlerait des rencontres qu'il a eues durant sa vie publique avec ses disciples. Ces repas qui avaient pour lui une telle importance, qu'en partant il leur a dit : maintenant, la seule chose intelligente que vous pouvez faire est de continuer nos repas. S'il était là avec nous, il nous dirait : je n'ai pas fait d'eucharistie, de messe parce que je ne pouvais pas prendre tout le monde. Il n'y avait pas d'église. J'avais toutes les facilités ! J'ai fait un repas dans lequel je pouvais avoir tous mes disciplines. C'est justement sur cette voie que vous êtes par votre engagement dans ce mouvement des foyers mixtes.

Le foyer mixte, ce n'est pas simplement d'être marié catholique et protestant, c'est d'en faire une cause chrétienne, une cause essentielle de l'Eglise, de vouloir obéir à cette vocation providentielle car c'est une intention de Dieu, c'est un projet de 24 Dieu pour son Eglise et pour l'humanité. Un appel du Christ, c'est de vous rappeler, à la fin de ces heures extrêmement denses et courageuses, que comme foyers mixtes vous êtes une communion, vous êtes la communion qu'il a voulu inaugurer sur terre avec ses disciples avant que n'arrivent les Eglises avec leurs problèmes.

Cette communion, cette inondation de communion que vous êtes, est la communion même de Dieu. On dit trinité en termes savants, mais en termes chrétiens il faut dire que Dieu est communion. La vie que vous vivez en couple est le don même de Dieu sous forme de communion et non pas sous forme de division. Le chapitre 5 de l'Epitre aux Ephésiens nous parle de l'union de Dieu et de l'humanité dont votre mariage est le signe. Car Dieu s'est uni à l'humanité de façon indissoluble et vous le manifestez par votre fidélité au long des années. La vie de foyer est la vie même divine en contexte humain et c'est là que les enfants apprennent à découvrir Dieu.

Vous n'êtes pas en marge de l'Eglise, vous êtes la réussite de ce que l'Eglise n'arrive pas à faire. Les Eglises sont des écoles de vie chrétienne. Avant la Réforme, il y avait des ordres religieux qui formaient une unique Eglise où chacun vivait sa vie chrétienne comme il l'apprenait par le Saint-Esprit. Au moment de la Réforme, il y a eu un grand malheur. Au lieu de faire des congrégations, on a fait des Eglises. Mais en fait, chaque tradition chrétienne est une école du Christ pour nous apprendre le Christ, pour nous apprendre à le connecitre et à faire ce qu'il veut. Et le Christ nous apprend à rendre à Dieu le culte en esprit et en vérité. Le culte nous révèle la face de Dieu qui est tournée vers nous. C'est un enseignement de Luther. Car Dieu, c'est un peu comme la lune, on ne voit toujours qu'un seul côté. Le côté de Dieu tourné vers nous que nous découvrons avec le Christ, c'est le visage du Père au nom duquel on peut s'appeler père.

Les jeunes nous ont dit très justement : nous vivons la réconciliation, puis à un moment donné on nous apprend la division. Ils ont sacrément raison ces petits jeunes !

Vous réussissez, par cette communion que vous recevez de Dieu, à enfanter des enfants à la communion. Et, à un moment donné, les problèmes de l'Eglise vous rattrapent. Je ne veux pas dire p"ar là que vous êtes en avance sur l'Eglise. Je l'ai entendu dire plusieurs fois. Je ne suis absolument pas d'accord. C'est l'Eglise qui est à la traîne, qui vous court après pour vous embêter et pour détruire à mesure ce que vous faites avec vos enfants.

Une Eglise qui bénit votre mariage - un petit peu à contre-coeur mais elle le bénit quand même - n'en fait pas la théologie. C'est une grosse lacune. Les Eglises ne font pas la théologie des foyers mixtes, de cette communion miraculeuse entre des chrétiens de traditions différentes. C'est-à-dire que Dieu fait à l'Eglise le don, avec les foyers mixtes, de ce qu'elle ne réussit pas à faire elle-même.

Et l'Eglise n'en tient pas compte, l'Eglise ne veut pas lire théologiquement la réalité que vous vivez dans l'Esprit, avec votre foi et avec courage. Donc, vous n'êtes pas en avance, c'est l'Eglise qui est à la traine.

Puisque l'Eglise ne fait pas la théologie de ce que Dieu vous donne de vivre, c'est pour cela que vous devez faire de la théologie. Vous ne devez pas faire de la théologie pour discuter avec l'Eglise, vous devez faire de la théologie pour qu'il y ait la théologie de votre vie dans l'Eglise en attendant que les théologiens se décident à le faire. Mais peut-être les théologiens travailleraient beaucoup mieux s'ils étaient eux-mêmes des foyers mixtes. Je veux prêcher, parce que j'y crois de tout mon coeur, la consistance ecclésiale des foyers mixtes. Le foyer mixte est une cellule d'Eglise, il n'est pas un accident. C'est une intention de Dieu pour l'humanité et l'Eglise.

Il n'est pas normal que, vivant la communion, vous insistiez tellement, comme je l'ai entendu, pour entretenir la division. Je trouve que c'est absurde. J'ai entendu dire - ce n'est pas une critique d'une personne ni même du texte, c'est simplement dans le cadre de cette réflexion - "pouvoir confesser publiquement sa foi en tant que membre de deux confessions". J'espère que vous allez vous débarrasser un jour de cet attirail qui est celui du XVIe siècle, qui est respectacle et qui a été très important pour les consciences de nos pères, mais dont nous n'avons plus besoin.

Nous ne sommes pas membres de deux Eglises, nous sommes les membres de la communion de Dieu destinée à régénérer l'Eglise. Je trouve que la double appartenance fait encore trop d'honneur à la division. Je crois que vous avez mieux à faire parce que vous êtes une oeuvre de l'Esprit. Je ne vois pas l'utilité de dire "divisés chrétiennement" des couples unis humainement.

D'ailleurs, je crois que vous avez à parler avec l'Eglise, pas forcément comme un lobby, mais parce que l'institution doit dialoguer avec les gens qui vivent la foi, avec les foyers mixtes et avec les théologiens. Techniquement, le jour où l'on fera l'unité et où l'on se demandera : mais est-ce qu'il n'y pas quelque chose qui empêche ?, on aura un texte d'accord dans le magasin qui aura tout régié parce que les théologiens auront fait le boulot. Les théologiens ne coupent pas seulement les cheveux en quatre !

On est parti sur l'idée que les foyers mixtes sont un "ferment d'unité". Je dirais plutôt qu'ils sont un explosif.

En disant cela, je pense aux barres, aux affreuses barres dans les banlieues. Maintenant, on les bourre de petites charges explosives à tous les endroits névralgiques, puis on appuie sur un bouton et tout s'écroule en poussière.

A mon avis, il faudrait qu'il y ait des foyers mixtes un peu partout pour faire exploser les veilles murailles de l'Eglise, afin qu'il ne reste plus que la substance, c'est-à-dire la communion.

Ce que les Eglises peuvent apprendre de vous, ce n'est pas l'unité - parce que l'unité, ce n'est vraiment pas le fort des chrétiens - mais la communion.

Parce que vous la pratiquez, vous avez un enseignement à donner, vous avez votre mot à dire. La voie de l'unité pour tous les cecuménistes, ce n'est pas la discussion, pas le dialogue, c'est l'amour.

Je termine par l'envoi en sautant directement au dernier verset de saint Matthieu: Allez dans le monde, enseignez à toutes les Eglises la communion, votre communion.

Père Daniel OLIVIER